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Entropie, Chaos et Sens

samedi 14 septembre 2013, par Leguman

Les théories de l’évolution nous ont apporté cette fabuleuse idée que la vie résulte de la combinaison du hasard et de la nécessité.

Se reproduire, survivre, prospérer sont des impératifs qui font que la vie perdure. S’ils n’étaient pas des impératifs, la vie n’aurait pas duré jusqu’à maintenant. Pour y parvenir, les êtres vivants dotés d’une intelligence supérieure établissent des rapports de cause à effet constamment. Un bruit de feuillage particulier peut signifier un gibier pour les uns, un prédateur pour les autres. L’établissement des bons rapports de cause à effet fera toute la différence.

La persistance de la vie ne valide pas la vérité de ce rapport de cause à effet, mais simplement son efficacité dans un contexte donné. C’est dans ce mécanisme que se forme l’entropie. Le système est né du chaos mais il possède de forts déterminismes. L’humain n’est donc pas si aléatoire que le prétend Arioch, y compris à l’échelle individuelle. Il est un assemblage de règles simples qui donnent un résultat complexe mais il demeure largement homéostatique.

L’esprit supérieur, forgé par la nécessité de survie, découvre donc des rapports de cause à effet afin d’élaborer des stratégies de comportement efficaces. On passe alors du « ça marche » au « c’est vrai ». Cette transition est l’invention du sens. Celui-ci est nécessaire à notre type d’intelligence symbolique hypertrophiée qui nous permet de nous adapter plus efficacement à notre environnement. Il alimente notamment des processus analogiques qui nous permettent d’anticiper plutôt que de réagir à une situation qui se présente. Cette création du sens est une « pratique de l’entropie » qui diffère de l’entropie elle-même. Cette pratique donne l’illusion de maîtriser quelque chose mais la véritable entropie est inaccessible.

Le sens n’est rien d’autre qu’une voie de l’évolution générée aléatoirement qui a prouvé son efficacité à piloter les êtres vivants à l’intelligence supérieure. Rien n’indique qu’il soit le seul possible, rien n’indique qu’il soit le plus efficace. C’est juste qu’aucun autre modèle concurrent n’est apparu. Pour le moment.

Le sens est aussi nécessaire à l’humain (mais pas que) que l’air qu’il respire et que la nourriture qu’il absorbe. C’est une donnée physiologique, un impératif de son système nerveux, l’un des piliers de son interaction avec son environnement qui comprend d’autres individus avec qui il le partage sous une forme plus ou moins élaborée.

Il est pourtant en position paradoxale car ce texte prouve que l’humain est capable de démonter le mécanisme de la construction du sens, mais ce faisant il est très exactement en train de le mettre en œuvre. La théologie de chaos se révèle donc à nouveau impossible car il ne nous permet pas de décrire le monde.

On peut en revanche opposer à la pratique de l’entropie, celle du Chaos. C’est une habitude salutaire qui permet d’observer la construction de l’entropie comme fiction. Ainsi, quelle que soit l’absurdité du hasard qui se déchaîne, l’humain trouvera une explication plausible, rationnelle et quelque part rassurante, même s’il s’agit d’une fable d’apocalypse. La pratique du Chaos est une nécessité pour faire voler en éclat la perversion du processus de création du sens qui bien souvent choisit la voie de l’absurde. La fiction d’un sens socialement négociée prend bien souvent le pas sur la réalité des faits. Nombre de catastrophes humaines l’attestent.

Calez-vous dans votre fauteuil, accrochez vous aux accoudoirs et pratiquez le Chaos. Vous verrez alors que la cascade de catastrophes petites et grandes qui s’abat devant vous et que l’on nomme volontiers Chaos résulte le plus souvent de la pratique de l’Entropie elle-même.