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Du choix du vocabulaire

jeudi 2 janvier 2014, par Freyr

Dans une approche dynamique d’une société, le vocabulaire ne doit en aucun cas se figer. La richesse de la langue française tient justement à ses apports externes (latins, grecques, arabe, scandinave, etc). La preuve que notre société est statique et donc en train de mourir se voit dans le discours de nos "élites" à savoir les journalistes et les politiques.

Etudiez bien les discours, commentaires et vous verrez que des mêmes mots sont utilisés à toutes les sauces, par tout le monde. Des expressions sont généralisées à outrance, utilisées en permanence pour tout dire et ne rien dire. Cela permet d’occuper l’espace de donner un semblant de sens alors qu’il n’y a que du vide.

Nous allons donner deux exemples. L’un dans le domaine du sport, l’autre dans celui de la politique. Ce dernier sujet ne se veut qu’illustratif et non polémique, libre à chacun de penser ce qu’il veut du fond. On aurait pu parler aussi du show-biz avec ses "que du bonheur" et autres.

Dans le sport, le mot à la mode est "percuter" et tous ses dérivés comme "percutant", "percussion" (plus rare). Ecoutez attentivement un match de foot, de basket, de rugby (l’expression vient sûrement de là ou alors de la boxe - personnellement je ne le connaissais que pour ce dernier domaine), le commentateur vous dira que tel joueur a "percuté", que l’équipe se doit d’être plus "percutante", alors qu’il commente un sport qui n’a aucun contact (enfin pas du niveau d’une percussion) et surtout pour toute action quelle qu’elle soit.

Dans la politique le mot-clef actuel est "inverser" et là aussi ses déclinaisons, notamment "inversion". Ainsi on va dire qu’on veut "l’inversion de la courbe du chômage", que la "quenelle" de Dieudonné est "un salut nazi inversé". Concernant une courbe, je ne sais pas ce que signifie une inversion. Soit f(x) la fonction chômage (désolé pour les x qui se reconnaîtront), l’inversion qu’est-ce que c’est ? 1/f(x) ? Une symétrie selon l’axes des abscisses ou des ordonnées ? Une rotation ? Une translation ? Inversion ici n’a aucun sens. A mon époque, et je crois que c’est du niveau de la seconde, on parlait d’inflexion et de "point d’inflexion" et ensuite on en indique la "pente".

Il en est de même sur le "salut nazi inversé". Qu’est-ce qu’un salut nazi inversé ? Là encore il eut été plus correct de parler de "salut nazi vers le bas" ou de "salut nazi déguisé", bref de faire preuve d’imagination pour coller le mot nazi et quenelle dans une même phrase sans avoir l’air de dire n’importe quoi aussi rapidement.

Les conséquences sont multiples mais nous n’en citerons que deux : à utiliser le même mot pour dire tout et son contraire on ne finit pas ne plus rien dire - si tout est schmilblick alors le schmilblick n’est plus rien, à ne plus utiliser des mots exacts et précis on en vient à appauvrir la pensée. Ce dernier point est intéressant au moment où on découvre (ou on croit découvrir genre "que c’est une surprise !") que lire stimule les neurones.

De là à dire qu’il s’agit non pas de conséquences mais d’objectifs, c’est à chacun de se forger une opinion. Le but de cet article n’est pas d’expliquer les raisons de ces usages fautifs mais nous pouvons quand même rappeler que toute manipulation collective (et individuelle) commence toujours par la manipulation du vocabulaire, par se créer un lexique qui permet l’identification à la "norme sociale". Et nous sommes clairement face à un lexique qui s’impose afin de démarquer les camps. L’objectif n’est donc pas de communiquer mais de distinguer.